Relations

Donnez-moi un conseil

· 4 min de lecture

Ou l’illusion de la baguette magique

« Donnez-moi un conseil. »

Ces mots, je les entends régulièrement. Avec cette notion d’urgence dans la voix, une fatigue dans le regard en même temps qu’un désespoir à peine caché « vous êtes ma dernière chance ». Et derrière ces mots, presque toujours, une attente bien plus grande qu’un simple conseil.

En cabinet, je reçois régulièrement des clients qui veulent une solution — tout de suite, en une séance — pour remédier à leur situation de couple, pour oublier cette émotion difficile, pour que leur partenaire comprenne enfin, ou encore pour résoudre ce conflit qui s’éternise. Et je comprends. Quand on souffre, on veut que ça s’arrête et vite.

Ce que cache la demande de conseil

Donner un conseil c’est comme dire « Moi, à ta place, je ferais… ».

Autrement dit, JE projette à partir de ma vision, mon expérience, mon histoire, une idée censée résoudre TON problème, issu de ta vision, ton expérience, ton histoire… vous voyez déjà le paradoxe pointer le bout de son nez ?

En PNL, on s’appuie sur le présupposé suivant : la carte n’est pas le territoire. Ma carte (= ma représentation du monde) n’est pas la même que celle des autres. Nous devons donc prendre conscience qu’il existe plusieurs réalités qui constituent le territoire.

Si vraiment mon client veut un conseil, je peux lui en trouver à la pelle. Mais bizarrement, ils ne sont jamais satisfaisants. Pourquoi ? Parce qu’en réalité, ce n’est pas un conseil qui est recherché. Mais une baguette magique. Que tout se solutionne sans avoir rien à faire, ni se questionner, ni se responsabiliser.

Le piège du Sauveur

Prenons l’exemple d’un client que j’ai accompagné récemment. Il porte tout le poids de son couple sur ses épaules. Il est à l’écoute. Il est arrangeant. Il fait tout pour alléger l’emploi du temps de sa femme, sa charge mentale. Et pourtant, rien ne change.

En Analyse Transactionnelle, on reconnaît ici le triangle de Karpman — et plus précisément, la posture du Sauveur.

Le Sauveur n’est pas simplement quelqu’un qui aide beaucoup. C’est quelqu’un qui a besoin que l’autre soit en difficulté pour se sentir utile, aimé, existant. Il fait pour l’autre ce que l’autre ne lui a pas demandé. Il anticipe, il s’épuise — et il ne reçoit jamais la reconnaissance qu’il espère.

La position de perception oubliée

En PNL, on travaille souvent avec les positions perceptuelles :

  • 1ère position — Je vis ma propre expérience, mes besoins, mes émotions.
  • 2ème position — Je me mets à la place de l’autre, je ressens ce qu’il ressent.
  • 3ème position — Je prends du recul, je deviens observateur de la relation.

Mon client était entièrement bloqué en 2ème position. Toute son attention, toute son énergie était focalisée sur sa femme. Il avait complètement « oublié » sa 1ère position — ses propres besoins, ses propres limites, sa propre blessure.

Et c’est souvent là que se cache le vrai sujet.

Les questions qui dérangent

Dans un couple, on est deux. Deux pour le construire, deux pour l’alimenter, deux pour l’abîmer, et encore deux pour le défaire.

Alors posons-nous ces questions :

Votre partenaire est-il/elle au courant des attentes que vous avez placées sur lui/elle ? Lui avez-vous demandé son accord pour les porter et y répondre ? Et si, malgré sa bonne volonté, il ou elle n’y arrive pas — qu’allez-vous en conclure ?

En CNV (Communication Non Violente), on dirait que derrière cette attente se cache un besoin fondamental non exprimé — un besoin de sécurité, de reconnaissance, d’amour inconditionnel. Un besoin qui ne peut pas être comblé par l’autre, parce qu’il vient de bien plus loin.

Le vrai travail commence

Les baguettes magiques n’existent pas. J’aimerais tellement pourtant, parfois.

Mais il y a quelque chose de bien plus puissant : le courage de se regarder en face. De reconnaître que le problème qu’on voit chez l’autre est souvent le miroir de ce qu’on refuse de voir en soi. Et de choisir, enfin, de s’en occuper.


Et vous — quelle blessure cherchez-vous à faire soigner par l’autre ?

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