Couple

Le couple comme une course de relais

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Et si la crise était une passation de témoin ?

Vous connaissez ce moment précis, dans une course de relais, où tout peut basculer ? Cette fraction de seconde où un coureur tend le témoin à l’autre. Trop tôt, trop tard, mal synchronisés — et c’est la chute. Mais quand la passation est fluide, l’élan se transmet. La course continue.

Votre couple fonctionne exactement comme ça.

Le témoin, c’est la charge émotionnelle

Dans une relation, vous ne portez pas toujours le même poids au même moment. Parfois, c’est vous qui êtes épuisé·e, submergé·e, à bout. Parfois, c’est l’autre. Le problème, ce n’est pas que l’un de vous flanche — c’est humain, c’est inévitable. Le problème, c’est quand personne ne prend le relais.

J’observe souvent en consultation des couples où les deux partenaires courent côte à côte, chacun agrippé à son propre témoin, persuadés que l’autre devrait lâcher le sien en premier. Résultat : personne n’avance.

Savoir depuis quel « état » vous parlez

L’Analyse Transactionnelle distingue trois « états du Moi » — trois postures intérieures depuis lesquelles nous communiquons, souvent sans en avoir conscience.

Le Parent, c’est la voix des règles, des jugements, des « il faut » et des « tu devrais ». Elle peut être protectrice ou critique.

L’Adulte, c’est la partie de vous qui observe, analyse, cherche des solutions — sans émotion parasite, ancrée dans le présent.

L’Enfant, c’est le siège des émotions brutes : la joie, la peur, la colère, la blessure. C’est aussi la part créative et spontanée — mais en situation de conflit, c’est souvent l’Enfant blessé qui prend le dessus.

Quand une crise éclate, demandez-vous : depuis quel état est-ce que je parle ? Et depuis quel état mon partenaire me répond-il ?

Quelques exemples pour y voir plus clair

« Tu n’as encore rien fait pour les courses. C’est toujours pareil avec toi. »Parent critique qui s’adresse à un Enfant. La réponse probable ? Soit une soumission (Enfant adapté), soit une rébellion (Enfant rebelle). Dans les deux cas, pas de dialogue possible.

« Je me sens débordé·e en ce moment. Est-ce qu’on peut se répartir les tâches autrement cette semaine ? »Adulte qui s’adresse à un Adulte. L’échange peut avoir lieu.

« Tu ne m’aimes plus, c’est ça ? »Enfant blessé qui cherche à être rassuré. Si l’autre répond en Parent (« Arrête ton cinéma »), la blessure se creuse. S’il répond en Adulte bienveillant (« Qu’est-ce qui te fait penser ça ? »), la connexion peut se rétablir.

Ce petit recul change tout. Il transforme une dispute en information : « Ah, on est tous les deux partis dans nos Enfants respectifs. Normal qu’on tourne en rond. »

Ce n’est pas une question de qui a raison. C’est une question de : depuis où est-ce qu’on se parle ?

La crise comme zone de transmission

Dans une course de relais, la zone de transmission est balisée. Les coureurs savent exactement où le passage doit se faire. Dans le couple, cette zone n’existe pas par défaut — il faut la créer.

Concrètement, cela signifie poser des repères clairs :

« Quand je te dis que j’ai besoin de silence, ce n’est pas contre toi. C’est le signal que je n’ai plus de ressources. »

« Quand tu vois que je m’agite, rappelle-moi qu’on peut en reparler demain. »

Ces repères deviennent des ancrages : des signaux convenus à l’avance qui permettent de se synchroniser même quand l’un des deux est en difficulté.

Changer de position pour comprendre

Un exercice simple, issu de la PNL : quand vous êtes en conflit, essayez mentalement de vous asseoir à la place de votre partenaire. Littéralement. Qu’est-ce qu’il ou elle voit ? Qu’est-ce qu’il ou elle ressent ? Que cherche-t-il ou elle à protéger ?

Puis prenez une troisième position : celle d’un observateur extérieur, bienveillant. Que verrait-il en regardant votre couple à cet instant ?

Ce décentrage ne résout pas le conflit. Mais il permet de sortir du tunnel — cette vision étroite où l’on ne voit plus que sa propre souffrance.

L’enjeu n’est pas de gagner

Dans une course de relais, l’objectif n’est pas que le premier coureur soit le meilleur. L’objectif, c’est que le témoin franchisse la ligne d’arrivée. Peu importe qui l’a porté le plus longtemps.

Dans votre couple, c’est pareil. La question n’est pas : « Qui a fait le plus d’efforts ? » La question, c’est : « Est-ce qu’on avance ensemble ? »

La prochaine fois qu’une crise survient, ne demandez pas à votre partenaire de courir plus vite. Demandez-vous plutôt : « Est-ce que je suis prêt·e à recevoir le témoin ? Ou est-ce que j’ai besoin de le passer ? »

C’est ça, être équipiers.


Et vous, dans votre couple — qui porte le témoin en ce moment ?

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