Le problème de la panne
Bien que cela arrive aux hommes et (à priori) pas aux femmes, il n’en reste pas moins que ce sujet concerne le couple, pas seulement celui qui la subit.
C’est quoi la panne ? C’est le membre viril qui ne se lève pas, ne durcit pas, ou ne tient pas. Au moment fatidique bien sûr, le moment de la pénétration.
Et là catastrophe pour ces messieurs, tout se bouscule dans leur tête et dans leurs ressentis : honte, peur, panique, le mental qui s’emballe, « qu’est-ce qu’il se passe, pourquoi je n’y arrive pas, je suis nul, je suis incapable ! ». Plus la tête s’embrouille et moins l’érection peut revenir. C’est le cercle vicieux.
Le coup d’état intérieur
Ce qui se passe dans ces moments-là, c’est une prise de pouvoir. Pas celle du corps — celle d’une voix intérieure. Une voix qui juge, qui commente, qui note la copie en temps réel : « c’est pas normal », « dépêche-toi », « elle va penser quoi ? ».
En Analyse Transactionnelle, on appelle ça le Parent Critique. C’est cette partie de nous qui a intégré toutes les injonctions, tous les « il faut », tous les « un homme, ça doit ». Et au moment où le corps aurait besoin de lâcher prise, de se laisser aller, cette voix débarque avec son chronomètre et son carnet de notes.
Le problème, c’est que l’érection ne se commande pas. Elle a besoin de sécurité, de détente, d’abandon. Elle a besoin que l’Enfant — cette part de nous qui sait jouer, désirer, ressentir sans calculer — soit aux commandes. Mais quand le Parent Critique prend le dessus, l’Enfant se recroqueville. Et le corps suit.
Ce n’est pas une panne mécanique. C’est un coup d’état intérieur.
Les croyances qui piègent
Il y a des croyances tellement ancrées que l’on ne se souvient plus quand ni comment nous les avons entendues ou reçues pour la première fois. « Un homme, ça bande à la demande. » « Faire l’amour, c’est pénétrer. » « Si je ne peux pas la satisfaire comme ça, je ne suis pas un vrai homme. »
Ces phrases-là deviennent des évidences, des vérités absolues que l’on ne pense même plus à remettre en question.
En PNL, on appelle ça des croyances limitantes. Elles fonctionnent comme des filtres : elles décident à l’avance ce qui est « normal », ce qui est « réussi », ce qui est « raté ». Et elles transforment chaque rapport en examen de passage.
En Analyse Transactionnelle, on parle de drivers — ces petites phrases automatiques qui nous poussent à agir d’une certaine façon pour avoir le droit d’exister. « Sois fort. » « Sois parfait. » « Fais plaisir. » Quand la sexualité devient le terrain où ces drivers doivent faire leurs preuves, elle cesse d’être un espace de rencontre. Elle devient une arène.
Et dans une arène, on ne fait pas l’amour. On performe. On se bat contre soi-même. On guette le verdict dans les yeux de l’autre.
Alors peut-être que la vraie question, avant même de parler technique ou exercice, c’est celle-ci : et si faire l’amour n’avait rien à voir avec prouver quelque chose ?
Ce qui se joue pour elle aussi
C’est là que le sujet concerne également ces dames. Ce qui se joue dans ces moments-là touche les deux. Lui, dans ce qu’il traverse. Elle, dans ce qu’elle peut — ou ne peut pas — offrir comme présence. Et le couple, dans sa capacité à traverser ça ensemble plutôt que chacun dans son coin.
Première chose à éviter à tout prix : le « c’est pas grave ». Si ça l’est. Pour lui en tout cas. C’est toute son image d’homme viril qui se fragilise, c’est la peur de lire dans vos yeux le même regard dévalorisant qu’il porte sur lui, c’est la peur que vous alliez voir ailleurs car il n’arrive pas à vous satisfaire sexuellement et à vous donner du plaisir.
Deuxième chose à éviter : partir en le prenant personnellement. « S’il ne bande pas c’est qu’il ne me désire pas. » Sachez que c’est bien le contraire. Tous les hommes que je reçois en cabinet et qui déplorent des pannes sexuelles sont très amoureux de leur femme, n’ont aucun doute sur leur sentiment et ressentent beaucoup de désir. D’où leur incompréhension, le sentiment qu’ils ne sont pas « normaux », qu’ils ont un problème.
Que dire alors ?
Pas grand-chose, en fait. Ce n’est pas le moment des mots qui expliquent ou qui rassurent. C’est le moment du corps qui reste.
Rester contre lui. Poser une main. Dire simplement : « Viens là. » Ou : « J’aime te sentir contre moi. » Ou rien du tout — juste un regard, un sourire, une présence qui dit : on est ensemble, et c’est ça qui compte.
Ce qu’il entend dans ces moments-là, c’est moins les mots que l’intention derrière. “Est-ce qu’elle est déçue ? Est-ce qu’elle attend quelque chose ? Est-ce qu’elle me juge ?”
S’il sent que vous êtes toujours là, toujours avec lui, sans attente de réparation immédiate — alors quelque chose peut se détendre. Pas forcément l’érection. Mais le lien. Et parfois, c’est le lien qui ramène tout le reste.
Les mouvements du désir
Désir et amour ne vont pas toujours de pair. Ils ne sont pas toujours en phase, pas toujours ressentis avec la même intensité. Le désir fluctue. Le plaisir aussi. Ce n’est pas un défaut — c’est la vie qui passe à travers nous. Mais ça inquiète. Parce qu’on voudrait que tout ça soit stable, constant, à l’épreuve du temps, des crises, des enfants, des doutes… Sauf que ça ne fonctionne pas comme ça. La vie nous traverse, individuellement et en couple. Et peut-être que la sérénité commence là : accepter que ça bouge, accepter cette inconstance. Accueillir ces hauts et ces bas non pas comme des alertes, mais comme des mouvements naturels.
Le chemin du retour : revenir au corps
Alors messieurs, quand vous sentez que ça part, que le mental prend le dessus, il y a une sortie de secours. Elle ne passe pas par la tête — elle passe par les sens.
Regarder. Pas dans le vide. Pas le plafond. Elle. Ses yeux, sa peau, son souffle. Laissez votre regard se poser vraiment. Ce que vous voyez existe. Vous êtes là, avec elle, maintenant.
Écouter. Sa respiration. Un mot qu’elle murmure. Le froissement des draps. Peut-être lui demander de vous parler — de vous dire ce qu’elle ressent, ce qu’elle aime. Sa voix vous ramène à elle, et à vous.
Toucher — et vous laisser toucher. Pas pour « relancer la machine ». Pour sentir. La chaleur de sa peau, la texture, le poids de son corps contre le vôtre. Ressentir les caresses, les baisers, les souffles, les jambes qui enserrent. Laisser le plaisir exister ailleurs que dans le sexe. Dans tout le corps.
Ce n’est pas une technique miracle. C’est un chemin de retour. Du mental vers le corps. De la performance vers la présence.
Pourquoi fait-on l’amour ?
Pas pour performer ni pour être le champion. Personne ne vous fera la haie d’honneur au sortir du lit. 😊 Mais pour vibrer ensemble, partager des sentiments profonds, partager une intimité, quelque chose de spécial avec quelqu’un de spécial, pour se sentir vivant dans son corps. Faire l’amour, c’est chercher un contact authentique. Pas une fusion, pas une performance, mais une rencontre dans l’ici et maintenant.
Et puis, il y a cette question qui reste en suspens : et si on faisait l’amour autrement ?
Pas « autrement » comme un lot de consolation. Pas « autrement » en attendant que ça revienne. Mais autrement comme une vraie possibilité. Une sexualité qui ne serait plus définie que par l’érection. Qui ne ferait plus de la pénétration le centre, le but, la preuve.
Qui a dit que faire l’amour c’était uniquement l’acte de pénétration ? Une fois qu’on enlève cette pression-là, qu’est-ce qui s’ouvre comme possibilités ? Dans le corps, dans la tête, dans le lien.
C’est ce que j’explorerai dans mon prochain article : une autre façon de faire l’amour, pour sortir de ce que j’appelle la sexualité pénétronormée.
Et vous, quelle place laissez-vous à la présence — plutôt qu’à la performance — dans votre intimité ?