Je n’arrive pas à lui faire comprendre
- Cécile Fiore

- 23 févr.
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 24 févr.

En cabinet, cette phrase revient comme un écho. Dans la bouche de femmes épuisées, d'hommes démunis, de couples au bord de la rupture. "Je n'arrive pas à lui faire comprendre." Ou sa variante : "Je n'arrive pas à lui faire entendre."
Et ma première question est : comment savez-vous qu’il ou elle ne vous comprend pas ?
Irrémédiablement, la réponse est : « Parce qu'il répond à côté de la plaque ». « Parce que ce n'est toujours pas fait ». « Parce qu'il faut répéter, encore et encore, jusqu'à l'usure. »
Et ma deuxième question : en quoi ça prouve qu’il ou elle ne comprend pas ? Ce pourrait-il qu’il ou elle ne VEUILLE PAS ?
Et là... bug. Silence.
Il existe un espace où l'autre PEUT NE PAS AVOIR ENVIE d'aller dans mon sens.
La personne que j’ai en face de moi en cabinet se donne tellement, fais tellement de choses pour arranger, soulager, faire plaisir aux autres. Cette personne là s’oublie, oublie qu’elle a des besoins, des envies, et des NON envies. Ou elle les mets sous le tapis. Elle ne sait pas demander, elle n’ose pas, elle prend des chemins détournés, espérant que l’autre comprenne. Et comprendre signifierait : obéir, exécuter, faire immédiatement, changer son comportement, s’excuser, prendre en charge... comme si c’était une évidence.
Cette personne ne sait pas dire non, ni poser ses limites, car elle ne se connait pas. Elle n'entend donc pas quand l'autre en face lui dit non. Alors quand une fois, enfin, elle demande quelque chose, et qu’on ne la "COMPREND PAS"... eh bien elle continue de faire ce qu’elle avait pris l’habitude de faire : elle encaisse, elle ravale, elle se dit que c’est de sa faute, qu’elle s’exprime mal, qu’elle n’est pas claire. Et elle en fait encore plus, car elle croit que c’est comme ça qu’elle méritera des miettes d’attention et de considération.
En Analyse Transactionnelle, on appelle cela le rôle du Sauveur : celui qui donne sans compter, qui anticipe les besoins de l'autre... tout en accumulant secrètement une dette émotionnelle. "Après tout ce que je fais pour toi, je suis en droit d’attendre quelque chose."
Le problème ? Ce contrat n'a jamais été signé par l'autre. Il ne sait même pas qu'il existe.
Cette situation est-elle pour autant irréversible ?
Je vous propose 3 clés de libération :
🔑 La 1ere clé se trouve dans la prise de conscience suivante : si vous faites toujours la même chose, vous obtiendrez toujours les mêmes résultats. C'est ce que le psychiatre Paul Watzlawick appelait "toujours plus de la même chose" : répéter une stratégie inefficace en espérant un résultat différent. Si j'encaisse en silence, si je suis toujours là à tout prendre en charge, pourquoi l'autre changerait ? Le système fonctionne — du moins pour l’autre.
La PNL nous invite à réfléchir en ce sens : Si ce que vous faites ne fonctionne pas, faites autre chose. Simple non ? 😉
🔑 La 2eme clé, c’est prendre conscience de ce qui se joue pour moi : qu’est-ce que j’attends concrètement ? De quoi ai-je envie, besoin ? Qui je veux être dans ce couple, dans cette famille ?
Par exemple : de quoi ai-je vraiment besoin ? Pas "qu'il comprenne", c'est flou. Mais : "J'ai besoin de 30 minutes de calme en rentrant." "J'ai besoin qu'on partage les tâches de manière équitable." Marshall Rosenberg, fondateur de la CNV, disait : "Derrière chaque reproche se cache un besoin non exprimé." Le travail commence là : traduire ma frustration en demande claire.
🔑 La 3eme clé c’est accepter que nous avons des limites. Que nous avons le droit de dire non. Dire non, ce n'est pas devenir "le méchant". C'est sortir du rôle d'enfant adapté/soumis (en Analyse Transactionnelle : celui qui dit oui pour être aimé) pour occuper sa place d'Adulte. Poser une limite, c'est dire : "Voici où je m'arrête. Et c'est négociable — ou pas."
Quand je sais ce que je veux, que je connais mes besoins, que je sais qui je suis et ma valeur, alors je peux communiquer clairement et sans détour.
La communication, ce n'est pas faire entrer notre message dans la tête de l'autre. C'est créer un espace où deux réalités peuvent se rencontrer. Chacun avec sa carte du monde, ses filtres, ses blessures.
Et cette phrase, peut-être, à garder en tête : "Je suis responsable de ce que je dis. Pas de ce que tu comprends."
À partir de là, le dialogue peut enfin commencer. 🌸
Exemples de reformulation pour traduire ses frustrations en demandes claires
Au lieu de dire... | Essayez... |
"Tu ne m'écoutes jamais." | "J'ai besoin de sentir que ce que je dis compte pour toi. Est-ce qu'on peut parler sans écran, cinq minutes ?" |
"C'est toujours moi qui fais tout ici." | "Je me sens épuisée. J'aurais besoin qu'on redéfinisse ensemble qui fait quoi cette semaine." |
"Tu pourrais quand même comprendre !" | "Ce qui est important pour moi, c'est... Est-ce que c'est clair pour toi ?" |
"Laisse tomber, c'est pas grave." (alors que ça l'est) | "En fait, si, c'est important pour moi. J'ai besoin d'en parler." |
"Fais ce que tu veux." (ton glacial) | "Je ne suis pas d'accord, mais je t'entends. Laisse-moi un moment pour digérer." |
La prochaine fois que vous penserez « il/elle ne comprend pas », essayez autre chose : dites ce que vous voulez vraiment, sans détour, et voyez ce qui change. Qu'en dites-vous ?



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